Tourisme régional
Le Machu Picchu, Cusco, Puno et le Titicaca, Arequipa, Chan Chan, le cañon de la colca et le gouffre de la coca.Ce dernier vous ne le connaissiez surement pas, et j'espère que jamais vous n'aurez le désir de l'explorer.Il n'est pas sur les programmes touristiques traditionnels, mais il a sa place sur le carnet d'adresses de certains voyageurs.Je n'ai pas de photo de ce lieu paisible et tourmenté situé dans ce pays magnifique que j'ai appris à aimer et à détester.J'aimerais cependant vous en parler un peu plus longuement.Il est relativement facile d'accès, vous le verrez peut-être à la sortie de l'avion à l'aéroport de Lima.Peut-être le verrez-vous en vous baladant dans le centre de la ville ou le découvrirez-vous a la place d'Armes de Cusco.Cet endroit plein d'effroi peut se trouver partout, c'est ce qui en fait son point fort.Son autre avantage est qu'il est abordable, visite à partir de 20 soles, soit à peine 5 euros.De nuit il est parait plus visible.Sa blancheur éclatante vous aveuglera au point de ne plus rien voir d'autre.Son brillant se marie idéalement avec les lumières de la nuit.Son parfum m'est inconnu, mais ravira les nez les plus exigeants.Il a le son des billets froissés.Le gouffre de la coca se présente à vous sous la forme de paquets qui n'ont rien de touristiques.Il séduit tout le monde, mais préfère la chair tendre des petits enfants qui contrairement au méchant loup, n'a pas besoin de porter un masque pour séduire le petit chaperon rouge.Vous pensiez surement ne jamais le voir ... pardon LA voir, la coca...ine...Dans une chanson de Sinik et James Blunt, on vous dit que dans 10 ans la came sera au prix du kilo de pommes... il a tort... ce jour est arrivé, ici au Pérou, et surement dans plusieurs pays d'Amérique du sud.
Paco
Si je me permets de vous en parler, c'est parce que cela me touche au plus profond de mon âme et de mon cœur.J'aimerais vous présenter un ami, un jeune de Lima, 15 ans, intelligent, mur, et toxicomane, accroc à la cocaïne depuis ses 13 ans. Ce jeune, nous l'appellerons Paco, on l'a toujours pris pour un chien. Paco est le nom du petit berger allemand qui accompagne les souffrances de quelques personnes dans un centre de désintoxication de Surquillo, ici à Lima.Paco, très jeune déjà, surfait sur le Web.Issu d’une famille aisée, mais éclatée, il ne connait pour ainsi dire pas sa mère et son père, militaire, est du genre un rien… violent avec ses diverses femmes.Pour échapper à ça, le petit Paco s'exile sur le net, rencontre des gens, parfois la figure paternelle qui lui manque.De plus, son orientation sexuelle en fait une proie idéale pour certains touristes qui voient ici l’occasion de se procurer de la chair fraiche a petit prix.
Le passage à l’âge adulte
Il est donc, hélas tombé sur une personne peu morale qui l’a invité chez lui.Il faut comprendre qu’ici au Pérou, un adolescent est parfois considéré somme une sous-personne à cause de son âge. Alors quand un « gringo » adulte l’invite à prendre un verre, ces jeunes sont contents !On s’intéresse à eux, et l’espace d’un moment ils se sentent des hommes.De petit verre en petit verre, le « Gringo » lui propose un petit plus. Sa première ligne de cocaïne…Et voilà, ça y est, la genèse d’une nouvelle vie. Pleine de couleurs, pleine de rêves, de détachement de la réalité.Avec le temps le petit Paco arrive à se procurer tout seul, comme un grand qu’il est, son petit sachet de rêves.D’autant plus qu’à la maison, papa et la belle-mère se querellent tous les jours.Qu’importe puisque Paco a la solution, sous la forme d’une belle poudre de perlimpinpin ?Paco a de la chance ! Papa n’a pas le temps de s’occuper de sa progéniture. Et un billet par-ci et un autre par-là, histoire de faire se taire le môme. Et Paco en profite ! Vous savez comment sont les enfants et les ados !
La chute
Peu à peu, l’argent ne suffit plus alors il vend ses affaires, son portable, son MP3, ses vêtements, la chaine hifi de son père…Le fait est qu’un jour son père, un modèle de vertu, décide de ne plus vouloir s’occuper de cette brebis galeuse, et en plus homo ! Quelle honte pour un militaire !Le voilà à la rue, mais qu’importe, il a des amis, et surtout son « meilleur » ami, tout de blanc vêtu.C’est à cette époque je fais la connaissance de Paco, en mars de cette année, ma première au Pérou. Par MSN nous discutons pas mal, de tout, de rien, de ses projets, de l’université, de ses problèmes, des miens. Et au bout de deux mois, nous finissons par nous rencontrer.Un petit gars bien d’ici, bien foncé de peau (ce qui ici n’est pas un avantage) mais très vif et mature.Il vivait dans une chambre qu’un « ami » lui procurait.Il travaillait alors dans un restaurant comme serveur.Tout se passe bien, mais Paco perd son travail. Difficile d’en trouver un autre ici pour un jeune, même si le travail ne manque pas pour des postes peu qualifiés.Comme il est souvent plus facile de ne rien faire que de travailler, Paco sombre peu à peu dans la paresse, il devient parfois nerveux, il veut toujours sortir en boite, la cohabitation devient petit à petit délicate, mais je mettais ça sur le compte de son âge. Qui plus est, dans l’ensemble on s’entendait bien.
Un mardi d’octobre
Jusqu'à ce mardi de ce mois d’octobre, où il commet un vol.Nous avions l’habitude de nous voir régulièrement pour déjeuner, mais là, je ne le vois plus, il a disparu de la circulation.Une semaine passe, et le dimanche, je le « vois » connecté sur internet. On discute un peu, il m’appelle et toujours cette même confusion, des paroles indécises. Il se dit désolé, mais pas plus de détails.
La vérité est ailleurs
Lundi, même chose, mais là, curieusement, il parait un peu plus lucide et m’annonce froidement qu’il est sous l’emprise de la cocaïne depuis des mois, des années.Je ne savais pas quoi dire, comment le dire, je suis resté un moment sans expression, incrédule.Paco, drogué ? Toxico ? Plein de films me sont revenus, dans lesquels on voit des gens se faire leur petit rail et le sniffer avec bonheur. Mais pas lui, pas Paco, n'importe qui mais pas lui.Nous avons convenu d’une rencontre ce soir-là, dans l’heure afin qu’il ne change pas d’avis.Il arrive comme promis, en avance ce qui est rare.On discute de tout, de ses problèmes d’addiction, du vol bien sûr, de l’ «après ».Je ne sais pas si je suis stupide ou pas, naïf ou idiot, mais je lui propose mon aide pour sortir de là. Pour lui éviter de trainer avec ses « amis », je lui porpose de rester un moment dans mon appart, bien trop grand. Mais a mes conditions. Non négociables. Il ne sort plus en boite, et on cherche un centre d’aide pour lui.Il accepte. Je dois avouer que je ne savais pas dans quoi j’allais me mettre, mais si je ne m’occupe pas de lui, personne ne le fera et ce petit Paco, une personne merveilleuse finira sa vie certainement bien avant l’heure.
Le creux de la vague
Nous mettons cette semaine à profit pour chercher un centre de soins pour les toxicos.Ici à Lima quasi rien pour ces personnes accroc, que se soit drogues, tabac ou alcool.Une semaine bien dure, entre crises de manque et crises de lucidité.Nous trouvons un centre à Surquillo, et c’est décidé, lundi on commence !Mais encore faut-il y arriver au lundi…Chaque soir, vers 18 heures, Paco fait sa crise. « Laisse-moi », « je n’ai pas besoin de ton aide », « je veux sniffer », « je trouverais de l’argent par n'importe quel moyen », « je n’irai pas au centre », et j’en passe. Jusqu'à ce dimanche vers 23 heures où il fait ses valises, et veut partir, dans la rue, rejoindre des amis pour s’acheter sa dose. Je ne peux pas l’enfermer, il est mineur, mais humainement je ne peux pas non plus le laisser aller, il ferait des conneries ! Alors finalement je décide de sortir aussi, et de l’accompagner.Bien entendu il ne l’entend pas ainsi. Je le suis donc de loin, plus d'une heure. Il me tient à l’œil.Finalement, il revient vers moi et veux un peu d’argent pour un hôtel. J’en profite pour noyer le poisson et discuter.Peu à peu il revient à un état normal et il décide de rentrer avec moi et demain, c’est promis, on ira au centre ! Il est 2 heures du matin.
Libarabit
Réveil de bonne heure, il est bougon, comme d'habitude, mais ça peut aller.En route vers le centre de désintoxication.C’est une petite maison, à l’allure normale, discrète, dans un quartier résidentiel.Flo nous accueille.Elle est l’image parfaite de la gouvernante anglaise. Tailleur strict, gris et bleu, les cheveux tirés en arrière, le regard tranchant et doux a la fois.On discute, avec elle puis avec la psychologue. Au passage nous faisons la connaissance des autres occupants de la maison, la cuisinière de Piura, l’assistant de Flo, et les autres pensionnaires.Le centre, si on peut appeler ça comme ça, s’occupe d’une dizaine de personnes de toux âges qui vivent dans cette maison. D’autres personnes comme Paco viennent tous les matins et repartent le soir, d’autres viennent le soir pour la thérapie seulement. Cette thérapie se fait tous les jours en fin de journée.Il est à souligner que cela coute cher, très cher… $400 par mois avec les médicaments, sans parler des transports… Comme trop souvent, ces centres sont réservés à quelques privilégiés… Paco a de la chance, si on peut dire ça, il en fait partie.
Le soleil se lève
Je veux qu’il s’en sorte, il est fort, il est intelligent, mais le chemin sera long. Cocaïne, herbe, extasy… Paco a gouté de tout… et ça, à 13-14 ans, c’est dramatique !Il sait que ça va prendre du temps, mais il a envie de s’en sortir. Et il s’en sortira.Combien de temps ? Je ne sais pas, l’essentiel est le résultat. IL DOIT SORTIR DE LÀ.
La vague, encore elle…
Deux semaines plus tard, entre thérapies et médications, il n’en peut plus…Il ne veut pas vivre loin de son ami de cœur.Il veut sortir du centre… Impossible de l’en empêcher, il est mineur, et seuls ses parents peuvent l’y contraindre.Il est ado, et à cet âge la rébellion est un moyen de communiquer.Il refuse mes règles (faites pour le protéger de lui-même).Impossible de le laisser dans l’appartement… par sécurité pour tous, en plus je suis au 18ème étage, et une crise pourrait se transformer en catastrophe.Il ne veut plus de centre, il veut vivre seul…Soit, je pense que ce sera la seule façon de le surveiller a distance…Certes ce n’est pas la meilleure chose a faire, mais je n’en vois plus d’autres…Au moins il ne consomme plus rien, c’est un premier pas !Il devrait s’en sortir, je l’espère !

Si vous pouvez quelque choses pour lui, c’est avec plaisir !Toute sa vie on l’a pris pour un chien, ce petit Paco.Aujourd’hui il est temps de le traiter comme une personne.Paco était le nom du petit chien de Liberabit.Ce jeune, il s’appelle, Octavio Alexander, il a 15 ans, c’est un gamin formidable, je l’adore, et plus jamais personne ne doit l’appeler Paco.
5 commentaires:
Poignant. Tiens nous au courant de la suite.
Salut, nous sommes un couple de garçons à Nice dans le 06, je veins de lire ton blog et je dois te félliciter sur la façon dont tu parle de ce jeune garçon c'est très touchant.
Je dois venir au Pérou pour visiter avec mon ami et un autre couple de garçons fin février je voulais savoir si tu pouvais me donner des indications pratiques sur la vie gay et surtout sur ce qu'il y a à voir. Par avance merci
François
Desole pour la reponse tardive !!
mon mail est batman.free@gmail.com
Pour l'info, Octavio est actuellement dans un foyer pour jeunes, il va bien, je lui rend visite tous les dimanches, je l'ai au tél plusieurs fois par jour, il va bien !
Mais la coke est une de ces choses qui comme le vélo ne s'oublie pas... on rechute aussi vite qu'on semble s'en sortir. Alors il faut em permanance le surveiller. Il en vaut la peine, j'essaie de lui financer ses études, a partir de juillet 2009 j'espère !
Courage !
Salut, c'est KiNidoz de techno-science, suite au message après "l'actu" sur la coco.
J'ai lu.
Une histoire intéressante.
Bravo,
De tendre la main.
D'être humaniste.
D'être ouvert d'esprit.
Et merci de partager cette tranche de vie.
Bonne chance à Octavio !
Kini, Charleroi. ;)
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